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Prénom Céline et Gwendal
Age 26
But du voyage Tourisme
Date de départ 18/02/2009
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Durée du séjour ?
Nationalité France
Description
Départ de Los Angeles, route vers le sud mais prêt à changer d'itinéraire au gré des rencontres
Note: 3,3/5 - 160 vote(s).



Localisation : Brésil
Date du message : 15/11/2009
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 Sans Terre, Beaucoup d Espoir

Il y a des moments dans un voyage qui marquent particulierement, parfois a vie… Cette experience chez les Sans Terre du Bresil sera sans conteste celle qui nous marquera le plus. Nous avions ete gates par la vie et les rencontres jusque la. Nous avions touche du doigt quelques utopies meme. Mais la, nous avons l’impression incroyable d’avoir trouve un ideal…

 

Nous avions contacte avant de partir vadrouiller nos amis de Terra Libra, une entreprise d’importation de produits de commerce equitable. Thomas, le responsable, nous avait ainsi propose de travailler sur un systeme de garantie equitable et participative du reseau Minga sur la cachaca qu’ils importent de chez les Sans Terre. C’est pour cela que nous etions partis dans le centre du Perou, il y a quelques mois deja, pour observer un projet de commerce equitable du chocolat de Saldac. La, il ne s’agissait plus d’observer, mais de travailler. Et en Portugais en plus….

Finalement, ce sera plus simple que prevu. Et surtout, cela aura depasse toutes nos esperances.

 

L’histoire des Sans Terre du Bresil est un formidable message d’espoir. Dans le pays le plus inegalitaire du monde, jamais une reforme agraire n’a pu voir le jour. Malgre quelques efforts, Lula n’a pas change la donne: encore aujourd’hui, 1% de la population Bresilienne detient 50% des terres…

C’est en arrivant dans l’Etat du Parana, au sud du Bresil, que nous comprendrons le scandale que representent ces chiffres: ici, tout est d’un vert pur incroyable, qui donne cette impression, pas fausse d’ailleurs, que tout peut y pousser. Face a cet atout naturel, les grands proprietaires terriens, les fazenderos, ont de tout temps laisse en friche des terres productives. A cote d’eux, des paysans devenus inutiles pour une agriculture geante et de plus en plus mecanisee, n’avaient rien a donne a manger a leurs enfants.

Pourtant, la Constitution Bresilienne precise, dans une volonte apparente de reforme agraire, que tout terrain non exploite peut etre exproprie pour des projets sociaux. Le genre de loi grave dans le marbre mais jamais appliquee. En France, les frontons des mairies presentent bien fierement un “liberte, egalite, fraternite”… La bonne blague…

 

Au debut des annees 80, en pleine dictature militaire, un groupe de paysans vires des grandes exploitations des fazenderos, decident d’agir: ils occupent un terrain en friche et revendiquent l’octroi de cette terre pour survivre. Comme Zapata avant eux, leur message est clair: “la terre appartient a celui qui la travaille”. Une partie de l’Eglise, les adeptes de la Theologie de la Liberation, soutient alors ce combat, que tout le monde pense perdu d’avance. Contre toute attente, la dictature n’ordonne pas a l’armee d’eliminer ces gueux, mais accedent a leur demande: ces terres seront expropriees au fazendero qui ne les utilisaient pas. Le Mouvement des Sans Terre etait ne.

 

A Paranacity, c’est en 1993 que des paysans ont decide d’occuper la terre ou aujourd’hui vivent sereinement nos compañeros de la COPAVI . Eux, comparativement a d’autres, ont eu de la chance: l’Etat a mis moins d’un an a acceder a leur demande et a exproprier les terres a leur profit. Les cabanes en bois et en bache ont ainsi pu etre remplaces par des habitations un peu plus solides. Ildo, un membre actuel de la COPAVI, avait lutte beaucoup plus longtemps sur une autre terre occupee: “nous sommes restes 8 ans dans des cabanes a revendiquer ces terres  que le fazendero ne voulait pas lacher. Ma fille ainee est nee dans ces cabanes et y a vecu ses 8 premieres annees”. En voyant le confort de vie qu’ont pu acquerir au fur et a mesure des annees les membres de la COPAVI, on se dit que beaucoup de chemin a ete parcouru. Et qu’ils connaissent vraiment la valeur des choses.

 

Chicao, le pere de l’actuel president de la COPAVI, etait la des le depart. C’est la memoire vivante de ces lieux, le Sage qui parle peu mais parle bien. Il nous expliquera les difficultes de la lutte pour les Sans Terre: “les fazenderos n’ont jamais accepte nos revendications. Pour eux, c’est du vol de propriete privee, donc un crime. Comme l’Etat nous donnait parfois raison, ils ont embauche des armees de mercenaires pour nous liquider.” Au lieu d’embaucher des travailleurs pour cultiver ces terres…

Des le depart, la COPAVI s’est organisee en collectif. Ce n’est pas le cas de toutes les terres recuperees: dans la plupart des cas meme, les terrains sont repartis entre les familles. “Ici, nous confie-t-il, nous avons decide de creer un projet socialiste”.

En comprenant la precarite dans laquelle pouvaient etre ces familles a l’origine, avec le seul objectif de nourrir ses enfants, cette idee de tout partager semble d’autant plus remarquable. Il faut un tres fort degre de confiance envers l’autre et surtout une enorme conviction pour creer un tel projet collectif quand on n’a rien.

 

Aujourd’hui, la COPAVI produit donc du sucre, dans leur “usine” completement ecologique – par exemple, ce sont les dechets de canne a sucre qui servent de combustible pour chauffer le jus de canne -, de la cachaca donc, et surtout un ensemble de produits d’abord destines a l’autoconsommation: lait, yaourts, fromage, dulce de leche, legumes, fruits, viande, pain… Tout est partage entre les familles dans une philosophie d’equite. D’ailleurs, meme les salaires ici repondent a des principes qui sembleraient incroyables ailleurs: base sur la difficulte physique du travail, le type qui se leve a 4h du matin pour travailler dans la chaleur etouffante de l’usine ou celui qui doit couper la canne a sucre dans les champs gagnent plus que le president de la cooperative.

 

Malgre nos difficultes a communiquer en Portugais, nous serons accueillis les bras ouverts par toute la communaute. Chaque soir ou presque, nous serons invites a manger chez l’un ou chez l’autre. Et ici, impossible de refuser. Nous rencontrerons egalement Sergi, un Catalan qui a decide de venir s’installer ici. Il nous aidera bien, notre ami Sergi, en nous expliquant le fonctionnement de la COPAVI en Castillan, les avantages mais aussi les difficultes qui peut naitre d’un fonctionnement complement participatif: “certains ne sont pas tres engages, ils restent chez eux apres leur journee de travail. Mais ici, c’est un mode de vie qu’il faut adopter. Souvent, il y a des reunions de voisins, deux de secteur ou les assemblees generales tous les mois. Tout le monde doit y participer, car on est tous concernes, mais certains ne comprennent pas ces valeurs”.

Sergi est vraiment un type incroyable. On le sent epanoui aujourd’hui, a vivre de ses convictions mais a 10000 km de ses amis et de sa famille. Quand on admire son courage, il repond simplement: “mais c’est moi qui vous admire, a etre conscient de cette societe capitaliste pourrie et a continuer d’y vivre! Moi, je ne pouvais plus, c’est tout”. Apres quelques voyages ici, il a donc decide d’epouser la cause des Sans Terre. “Aujourd’hui, je n’ai plus un euro en poche, nous dit-il, satisfait. Ca signifie que je suis comme mes compañeros et que je ne peux plus rentrer du jour au lendemain en Catalogne”. Un ami qui restera dans nos coeurs et notre esprit.

 

Pour les remercier de cet accueil, et comme il y avait pas mal de boulot, on a aussi mis la main a la pate. Comme de vrais proletaires, on s’est donc leve a 3h20 (precises!) pour aller au maille, a l’usine, comme Sergi et les compañeros. La-bas, on appreciera d’etre traite exactement comme les autres: pas de chichi, on n’avait pas de raison d’en faire moins que les autres sous pretexte d’etre etranger. Et on s’est vraiment senti utiles.

 

Cette experience aura dure 8 jours. Beaucoup, beaucoup trop court. Nous avons ensaye de savourer chaque moment. Au bout de peu de temps, on se sentait comme a la maison. A etre invite a un barbeche chez le voisin le dimanche apres-midi, avant la sieste et la partie de foot mixte et intergenerationnelle – sur ce point, on a un scoop d’ailleurs: tous les Bresiliens ne sont pas des magiciens du ballon rond.. loin de la!

On se sera beaucoup amuse avec les enfants, qui semblent epanouis dans ce lieu privilegie. Enormement d’energie, beaucoup de curiosite, d’amour et aucune timidite: sur le plan de l’education aussi, les Sans Terre ont fait quelque chose de magnifique.

 

Andre Gorz disait: “le realisme, c’est la bonne conscience des salauds”. Il y a une infinite de mondes possibles. Celui de la COPAVI restera pour nous comme une sorte d’ideal, le genre a donner mauvaise conscience au plus realiste des etres humains…

 

 

 

 


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Par grand jé

le 23/11/2009 à 21:50:56

c'est vrai que les gens ont l'air d'être super épanoui: on lit ça sur leurs traits de leurs visage

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