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Prénom Céline et Gwendal
Age 26
But du voyage Tourisme
Date de départ 18/02/2009
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Durée du séjour ?
Nationalité France
Description
Départ de Los Angeles, route vers le sud mais prêt à changer d'itinéraire au gré des rencontres
Note: 3,3/5 - 160 vote(s).



Localisation : Bolivie
Date du message : 05/10/2009
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 La Paz en compagnie de Mr Tommy

De retour a La Paz, nous avons retrouve notre ami Thomas Becker, que nous avions rencontré tres symboliquement sur le lieu de la mort d’Ernesto Guevara: ce type est, quelque part, l’incarnation d’un nouveau Che, dediant sa vie a defendre les opprimes, sans chercher a se mettre en avant. Une purete qu’aurait apprecie le Guerrillero.

 

Il faut dire que ce n’est absolument pas un Americain classique: deja, tommy est maigre comme un clou, plus que Gwendal dans ses periodes de record. De plus, dans le pays du foot americain, il pratiquait le “soccer”, le foot que l’on connait donc, etant petit. Et comme tout ce qu’il fait, il le fait a fond, notre ami faisait partie de l’equipe nationale des Etats-Unis des moins de 13 ans et a ainsi fait un tournoi a Avignon il y a 20 ans: “faut dire que chez nous, on est nuls au foot, donc c’est pas une gloire de faire partie de l’equipe nationale a 12 ans”. Une modestie sans faille…

 

Issu de la classe moyenne, il fut egalement une exception durant ses etudes: en etudiant le droit dans une des plus prestigieuses universites americaines, il etait le seul a venir d’un milieu peu favorise. “Au debut, j’ai hallucine de cet etalement de richesse. Avant les examens, il y avait des masseurs a disposition des etudiants pour les decontracter…”. A la fin de ses etudes, son diplome d’avocat en poche, il restera une exception en choisissant de partir defendre un proces en Bolivie pendant que ses camarades de promotion debutaient une riche carriere a 200000 dollars l’annee…

 

Tommy nous racontera ainsi l’histoire mouvementee de la Bolivie et surtout un esprit “revolutionnaire” hors du commun. D’ailleurs, il n’est pas ici par hasard: apres avoir voyage et travaille a travers toute l’Amerique Latine, il est formel: “il y a un esprit en Bolivie, et particulierement a La Paz qu’il n’y a nulle part ailleurs. J’essaierais de ramener un petit bout de Bolivia avec moi quand je rentrerais aux Etats-Unis”.

 

Nous avons donc visite, en partie avec lui, cette mysterieuse ville de La Paz, qui presente par ailleurs peu d’interet touristique. Et on reconnaitra vite que Tommy avait raison: nous sommes tombes sous le charme de cette ville, et de celle au-dessus d’elle, l’insoumise El Alto.

 

Au depart, El Alto est un simple quartier de La Paz, se situant sur une montagne au-dessus de la “cuvette” de la capitale. Comme partout ailleurs, El Alto fut un symbole de l’exode rurale: ce sont des familles de paysans des villages de l’Altiplano qui sont venus progressivement investir ce quartier. Aujourd’hui, El Alto est la quatrieme ville du pays, et une ville originale: en perpetuelle construction, elle n’a pas de centre et semble s’etirer a l’infini. Nous nous sommes promenes jusqu’a la fin: d’un coup, les alignements de maisons s’arretent et l’Altiplano reprend ses droits. Les Alteños ne sont jamais loin de la Pachamama. Evidemment, aucun schema d‘urbanisme dans cette ville dont la structure, comme l’esprit, fleure bon l’anarchisme…

Car contrairement a beaucoup de villes et de banlieues aux quatre coins de la planete, les familles sont arrives a El Alto avec leurs origines bien affirmes et leur culture. Naturellement, des associations de voisins ont ainsi vu le jour partout dans la ville, pour s’organiser ensemble, dans le meme esprit communautaire que dans les villages de l’Altiplano. De plus, ces communautes urbaines ont garde leurs relations avec leurs familles et leurs amis des campagnes: un veritable commerce solidaire s’est ainsi constitue, les produits agricoles arrivant a El Alto en echange des produits manufactures ou transformes, qui partaient dans les campagnes.

Cet esprit et cette solidarite furent preponderantes en 2003, lorsque d’enormes manifestations secouerent le pays. Au depart, les organisations de voisins d’El Alto se concerterent pour faire des bloquages routiers dans leur ville, centre nevralgique d’approvisionnement pour La Paz. La raison: l’emprisonnement injuste d’un des leurs a la campagne et, parallelement, une revendication globale: que le gaz, principal ressource de Bolivie, soit transforme ici et non au Chili, pour que la plus-value reste dans le pays.

Vous l’aurez compris, les organisations de voisins a El Alto, ne s’occupent pas seulement du barbecue estivale ou de la kermesse de l’ecole…

Et comme dans ces organisations sont representes tous les corps de metier, la greve fut generale en peu de temps. La solidarite presente avec les campagnes ont permis de diffuser la greve et les bloquages dans tout l’Altiplano, paralysant La Paz, qui voyait le prix des produits de base augmenter de maniere inquietante…

 

Le gouvernement de l’epoque repondit evidemment par la violence, ne supportant pas l’idee d’un pouvoir venant de la Bolivie d’en bas. Des militaires ont ainsi opere des massacres dans des villages de l’Altiplano, pretendant repondre aux provocations de “terroristes”. En realite, une fille de 8 ans, qui prenait soin de sa mere enceinte, fut assassine d’une balle dans la tete… Le ministre de la Defense d’alors, perche dans un helicoptere, ordonnait aux militaires qui l’accompagnaient de tuer des paysans travaillant dans leurs champs. Pensant calmer leurs revendications ainsi, ce fut tout le contraire: tout El Alto descendit a la capitale, pour exiger la destitution de “Goni”, le president d’alors. Et ils obtinrent gain de cause: le president assassin s’enfuit aux Etats-Unis avec 50 millions de dollars dans ses bagages, fruits de la corruption et des profits accumules dans les mines de l’Altiplano, ou se tuent a la tache des milliers de Boliviens. Il fut recu en grande pompe par ses copains exiles Cubains – comme quoi toute immigration n’est pas signe de precarite…

Aujourd’hui, Thomas travaille justement au proces en route pour juger ces evenements et faire revenir le Goni, pour qu’il soit enfin juge. Un travail d’autant plus difficile que la societe civile mondiale connait tres peu cette affaire. Maintenant, vous en etes informes…

En tous les cas, en visitant ces deux villes, nous avons appris et compris beaucoup de choses sur la force de cet esprit indigene de l’Altiplano. Nous avons notamment compris qu’ici, l’arrivee d’un paysan syndicaliste a la tete de l’Etat n’est pas une chose extraordinaire mais le resultat naturel d’un esprit de resistance et de solidarite. En France, un moustachu a la pipe, venant du meme milieu, a obtenu 1.2% en 2007…. Nous n’aimons pas resumer des pays a des chiffres, mais ces 49% de difference sont assez revelateurs. Le monde a l’endroit, il semble plus proche ici que chez nous...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Par La Reum

le 05/10/2009 à 23:11:57

Merci pour ces informations, bien éloignées de ce qu'on appelle "infos" ici, et pour cette analyse lucide et concise. Oui, nous avons des leçons à prendre auprès de ceux-là (qui ONT très peu, mais SONT intensément). Serons-nous seulement capables, nous autres, de conserver la Poste, la Sécu,et tous les services publics que d'autres ont conquis pour nous en pleine guerre ? Mon total respect à Monsieur Thomas Becker, si vous le revoyez.

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