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Prénom Céline et Gwendal
Age 26
But du voyage Tourisme
Date de départ 18/02/2009
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Durée du séjour ?
Nationalité France
Description
Départ de Los Angeles, route vers le sud mais prêt à changer d'itinéraire au gré des rencontres
Note: 3,3/5 - 160 vote(s).



Localisation : Bolivie
Date du message : 19/08/2009
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 Des vacances chez Homer Pignon

On vous le disait, il nous faudrait au moins un message pour decrire cet huluberlu qu est Jorge. Entre Francois Pignon et Homer Simpson on vous disait...

Le genre de type qui fait des gaffes. En fait, chez lui, c est un art de vivre. On pourrait en faire un inventaire a la Prevert. Ainsi, il devait etre present a une conference de presse de presentation d un concours de lecture pour enfants. “C est tres important qu Ayni (son association) y soit represente” nous avait-il dit. Le temps de garer son gros camion, il est arrive dans la salle au moment exact ou tout le monde se levait, a la fin de la dite conference. Le lendemain, il amenait toute une equipe de la municipalite a une reunion. Il avait a peine demarre qu on l entend dire avec sa voix toute molle: “ah…. J ai creve…”. Ca peut arriver a tout le monde, pourrait-on dire. Mais ca arrive a lui. Le pire, c est que tout le monde s en fout de lui, et se fout de lui. Au debut, on avait pitie, mais vu son attitude, son comportement hautain, parfois mechant, on reagit comme les autres….

 

La cerise sur le gateau s est quand meme deroule vendredi dernier. On a franchement bien ri quand meme. En rentrant d une “animation” (il s agit plus de garderie ce bibliobus mais bon...) dans un village a une heure de route (de chemin devrait-on dire) de Santa Cruz, il s arrete d un coup sur la route. Que se passe-t-il encore? “Gwendal, tu veux essayer de conduire le bibliobus?” Enfin une chose interessante qui sort de sa bouche! Gwendal s y met avec plaisir mais au bout de dix minutes, evidemment, nous croisons la police. Jorge panique: “arrete-toi, passe-moi le volant!” Gwendal s execute mais c etait tres malin de vouloir faire ca presque sous les yeux des flics. Ceux-ci, bien sur, nous arrete. Jorge devient tout blanc: “Excusez-moi Oficial, suplie-t-il, on n aurait pas du faire ca... Je sais que vous etes comprehensif, s il vous plait...” A notre avis, ce n etait pas l attitude a adopter. Gwendal a son permis, ou est l infraction? Mais Jorge n a meme pas pense a nous demander cela... Nous nous retrouvons ainsi au poste ou nous sommes cuisines par un premier agent. Devant les supplications de Jorge, celui-ci se dit qu il y a surement de l argent a se mettre dans la poche. Ca nous enerve. On lui fait donc remarquer que Gwendal possede son permis et qu on peut aller le chercher. “Que faites-vous en Bolivie d abord?” nous repond-il pour changer de conversation. On lui explique le projet. “Ah, mais vous devez avoir un visa professionnel alors”. Gwendal lui balance, franco de port: “on t a dit qu on etait benevoles, tu connais la loi ou quoi?”. Le flic reste nous regarder sans rien dire. Jorge devient encore plus blanc, nous supplie de nous taire. La conversation se termine par un hallucinant: “allez dehors, je vais voir si je vous pardonne”.

 Finalement, ce sera non, et on est balance dans un autre comissariat. Une heure encore a repondre aux memes questions, a voir notre Homer supplier pour obtenir sa redemption, avec derriere nous, une geole avec un type dedans... Finalement, cette experience nous fait bien rire. Le Jorge nous fait, en plus, croire qu il gere, et, se detendant un peu a la fin, nous fait des clins d oeil en souriant... Finalement, il faudra l arrivee d un responsable de la municipalite, qui, en trente secondes, arrange l affaire. Le policier nous salue alors avec reverence, alors que dix minutes avant, il nous prenait limite pour des criminels. Comme rien n est gratuit avec la police locale, Jorge devra acheter une ramette de papier au commissaire Moulin.

 

Nous devons ensuite aller a la bibliotheque centrale, remercier le responsable qui avait fait une attestation que le type de la municipalite avait avec lui. Nous rencontrons une employee de la bibliotheque. Jorge lui raconte l histoire et, en bombant le torse, rajoute en souriant: “ils ont eu peur, ils croyaient qu ils allaient se faire tuer”. Objectivement, ce type merite une paire de claques.

 

Aussi, depuis deux semaines et demi que nous sommes la, nous avons ete seulement trois demi-journees dans les quartiers pour s occuper d enfants. Jorge veut faire son patron et ne nous previent jamais de ce que l on va faire dans la journee. Ce matin, par exemple, nous nous levons comme d habitude a 6h45 pour qu a 7h30 notre “responsable” nous precise “qu il y a une reunion ce matin et qu on n a pas besoin d etre la”. Sympa de prevenir. Heureusement, on a rencontre un sacre type: Carlo Fratelli, un auteur de livres pour enfants Italien, qui est de passage ici pour rencontrer les bibliothecaires, les professeurs et les eleves afin de les sensibiliser a l importante de la lecture. Militant “marxiste” comme il se definit lui-meme, il est ici car pour lui, “la Bolivie represente le plus bel espoir dans le monde d aujourd hui”. Ses livres sont publies sans toucher de droit d auteur a Cuba, par militantisme aussi. Il fait d ailleurs toujours un parallele qui derange ici a Santa Cruz entre la lecture chez les adolescents Cubains et ceux “du monde capitaliste”. “a Cuba, il n y a pas de publicite. A mon avis, c est ca la grande difference. Sans l impact de la pub, l adolescent ne cherche pas a se comparer a des idoles et se conformer a des gouts preetablis”. Et nous conter  qu a la foire du livre de La Havane, tous les enfants viennent avec des montagnes de livres pour echanger…

 Nous assistons ainsi a trois de ses interventions, toutes aussi interessantes les unes que les autres. Par exemple, il explique aux enfants que le livre est le seul “lieu” ou la societe n impose pas de rythme a un enfant, a l inverse de la tele notamment. Nous sommes passionnes par le discours. A un moment nous regardons Jorge: affale sur sa chaise, le regard dans le vague, il semble s emmerder comme un rat mort et baille d ailleurs. Sacrement symbolique... C est sur que ce discours militant ne doit pas l atteindre. Pour lui, “il n y a pas de pauvrete en Bolivie. Ceux qui sont pauvres sont des alcooliques, qui preferent boire qu acheter des chaussures a leurs enfants”. Veridique. Les caricatures du 19eme siecle perdurent et c est choquant. Surtout de la part d un type qui est sense aider les enfants pauvres et qui vit au crochet de sa femme. Affligeant... On apprendra aussi qu il etait fan de Hugo Banzer, l ancien dictateur – avec un nom comme ca… -  de la Bolivie dans les annees 80. Vous savez, celui qui avait embauche Klaus Barbie… “Au moins avec lui, il y avait de la discipline, c etait un militaire”.

 

En fait, depuis deux semaines et demi, nous nous demandons comment ce type a pu devenir bibliothecaire. Carlo aussi sans doute... Nous ne l avons jamais vu avec un livre depuis notre arrivee ici. Mais le pire, c est l education de leur fils, Christian. A presque 2 ans, il doit connaitre une demi-douzaine de mots (franchement, pas plus) dont “Simpson”... Une serie dont il est fan et qu il regarde tous les jours avec son papa, fan lui aussi. On comprend qu Homer soit son idole… En realite, Christian vit avec la tele. Quand il se reveille, elle est deja allumee, et elle le restera jusqu a ce qu il s endorme le soir. “Il n y a que ca qui le calme” nous dit son pere, incapable de s en occuper. Pourtant, quand il n est pas la, Christian est tres gentil avec nous et s amuse avec un rien. Peut-etre ses parents decouvriront-ils un jour qu il sait tenir un crayon…

 

Nous le soupconnons aussi d heberger des volontaires pour qu ils puissent lui payer un week-end gratos. Nous nous etonnions de voir son insistance a vouloir passer un week-end avec nous alors qu il est evident qu on ne passera pas nos vacances ensemble... Vu nos reticences, et sans doute pour nous amadouer, il nous raconte qu un autre volontaire “super sympa et marrant” avait goute grace a lui de la cocaine dans une discotheque. Pour info, nous sommes des exceptions chez les volontaires. La plupart ont la vingtaine et sont etudiants. Bel apprentissage, non? On a hallucine. Nous lui faisons comprendre que ca ne nous interesse pas du tout. L a-t-il compris? Comprend-il quelque chose? Sans Carlo, sans les enfants, qu on voit peu malgre tout, on serait deja parti...

 


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