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Prénom Céline et Gwendal
Age 26
But du voyage Tourisme
Date de départ 18/02/2009
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Nationalité France
Description
Départ de Los Angeles, route vers le sud mais prêt à changer d'itinéraire au gré des rencontres
Note: 3,3/5 - 160 vote(s).



Localisation : Bolivie
Date du message : 01/10/2009
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 Des pieds uses

Apres ce passage de frontiere cocasse, nous avons decide de retourner dans le petit village de Tiwanaku. Si le site archeologique est (tres) touristique, le village en est assez excentre et nous n’y avons toujours pas vu un seul blanc… Ce village est vraiment typique de l’Altiplano Bolivien.

 

Nous avons donc decide de partir faire une randonnee dans cet Altiplano, terre de legendes pour les Indigenes d’ici – et on comprend pourquoi tellement la nature parait contenir une energie hors du commun. Mais l’Altiplano, ca ressemble aussi a un desert. Et ca pose a peu pres les memes problemes…

 

Ainsi, nous sommes partis de l’hotel vers 6h du matin pour pouvoir admirer encore une fois cette fabuleuse Nature se reveiller avec le soleil.  Des couleurs somptueuses, un decor de reve qui invite au recueillement… On ne s’en lasse pas. Qu’est-ce qu’on aimerait que les Monts d’Arrees soient ensoleilles tous les matins comme ca!

 

Apres avoir gravi une colline, nous avons pu admirer une vue magnifique sur les montagnes enneigees au loin et le Lac Titicaca plus proche. La terre jaune et verte, le lac d’un bleu eblouissant et les montagnes blanches: toutes les couleurs de la nature etaient au rendez-vous. Devant ce decor, nous avons avance, et avance encore, emerveilles. Nous rencontrons plusieurs maisons minuscules – la maison des Monts d’Arrees est un chateau de princesse a cote – toutes abandonees, mais tellement belles.  C’est peut-etre la couleur jaune qui reduit les distances ; en tout cas, nous n’avons pas trop compte les kilometres que nous faisions. Finalement, le Lac que nous voulions atteindre s’averait plus lointain que ce que nous indiquaient nos yeux.

 

Apres 5 heures, nous avons donc decide de faire demi-tour… ce qui n’est guere evident quand il n’y a aucun chemin balise. Bref, on vous passe les details: on etait paumes grave.

 

 

Apres quelques moments de panique, il faut bien le dire, nous apercevons au loin des maisons. Mais a l’interieur, personne: toutes les familles sont parties aux champs, pour essayer de cultiver leur nourriture sur ces terres si difficilement cultivables. Finalement, nous rencontrons un vieux paysan, qui nous recoit tres cordialement. Nous sommes assez soulages car ici, c’est quitte ou double: soit on vous jette, en tant qu’heritiers des colonisateurs qui ont detruit leur culture, soit on vous recoit les bras ouverts. Pour notre ami paysan, ce sera la deuxieme situation donc. Avec lui, nous allons nous rendre compte de l’isolement de ces villages, loins de tout et qui essaient de vivre en autonomie. Notre ami a du mal a s’exprimer. Il finit par nous demander: “vous ne parlez pas Aymara?”. Ici, l’espagnol reste la langue du conquistador mais la culture locale reste ancree chez les gens d’ici, malgre les tentatives d’uniformisation. Cela nous surprend autant que ca nous rejouit: la resistance culturelle n’est pas un vain mot ici.

Finalement, avec ses gestes et quelques mots bredouilles, il nous indique assez clairement le chemin. Nous arriverons a bon port en milieu d’apres-midi, apres avoir avale une trentaine ou plus de kilometres, a 4000 metres d’altitude. Les mollets de Gwendal vont, a ce rythme, reprendre quelques formes…

 

Le lendemain, nous partons pour Sorata, un village perdu a 2700 metres d’altitude au nord de La Paz. La route se fait en microbus, ces fourgons Toyota de l’enfance a Gwendal, qui ne partent jamais avant d’etre remplis : 12 minimum, mais nous avons deja ete a 25 dans ces espaces reduits, une vraie epreuve de contorsionniste…

Le paysage est magnifique: nous quittons l’Altiplano pour nous plonger dans des montagnes moins arides et tout aussi belles.

 

Arrives la-bas, nous trouvons un hotel aux prix defiant toute concurrence si on compte la vue imprenable sur la vallee dans le tarif: meme les petites fenetres des toilettes collectives offrent un spectacle a faire oublier les odeurs des lieux.

 

 

On nous avait parle d’un trek de trois jours, pour se rendre a la Laguna Glaciar, une lagune au pied d’un glacier. Merveilleuse randonnee, ou l’on emprunte de nouveau les decors de l’Altiplano. Mais merveilleux quand il fait beau: depuis quelques jours, en effet, des nuages noirs bretons asombrissent la vue…

 

Finalement, nous tentons quand meme le coup, tellement les guides de la seule agence du village sont confiants: “vous verrez, a 4000 metres d’altitude, il n’y a plus aucun nuage!”

 

Pourtant, au bout de la premiere demi-journee, une averse de grele nous tombe sur la tete. Avant, le decor etait digne de l’Ecosse: le brouillard nous empechait de voir a plus de 30 metres…

Notre guide, Rolando, semble un peu gene. Honnete dans le fond, il avoue qu’il ne sait pas si le temps va s’ameliorer. Nous prenons quand meme le temps de dejeuner au bord d’une premiere lagune, qui donne une vue somptueuse les quelques minutes ou les nuages decident de s’en aller. Rolando, evidemment, ne veut pas partir: il nous a raconte sur le chemin sa vie precaire de cultivateur – guide. Comme il y a une cinquantaine de guides dans ce petit village, il ne peut pas compter la-dessus pour nourrir sa famille. Mais ces virees avec les touristes ameliorent grandement son quotidien, on le sent.

Nous decidons donc de rentrer et rencontrons sur la route un couple franco-belge, qui eux continuent: leur guide a eux leur a promis que le temps va se degager le lendemain.

 

Tant que le tourisme sera ce conflit d’interet entre ceux qui y travaillent pour donner a manger a leurs enfants et ceux qui paient pour simplement s’amuser, la malhonnetete restera inevitable. Evidemment, le lendemain, le temps ne sera pas meilleur. Mais le collegue de Rolando aura recu une prime a la malhonnetete, et on sent que ca derange profondement Rolando, qui tente de recuperer toute la nourriture que nous avions achete alors que nous nous etions mis d’accord pour la partager – alors qu’on avait toute legitimite de la garder pour nous…

Arrives au village de Rolando, nous attendons qu’il recupere sa voiture pour nous ramener a Sorata. Autour de nous, une ribambelle de gamins nous interpellent gentiment: “donne-moi un cadeau”. Nous sommes obliges de repondre par la negative, en souriant.

Un peu plus tard, alors que la ribambelle s’est dissipe, une fille et son petit frere s’appoche timidement. Notre sac de nourriture est a cote, elle l’a vu. Elle nous demande, a demi-mots: “vous pouvez nous vendre du pain?” en nous montrant les vuelques bolivianos qu’elle tient febrilement dans sa main. Nous restons interloques: “Pourquoi, il n’y a pas de pain ici?” “Non, nous repond-elle, il faut aller jusqu’a Sorata, et c’est loin”. Oui, Sorata, c’est loin a pied. Nous lui offrons evidemment notre pain de bon coeur. Un sourire illumine le visage de la fille tandis que les yeux de son petit frere brillent de satisfaction. Cadeau inestimable pour eux…

 

Et pour nous, occidentaux,  que represente aujourd’hui un morceau de pain? On ne parle meme plus, chez nous (ou chez vous) de “gagner son pain” mais de “gagner son bifteck”. Changement d’expression, changement d’epoque, changement de confort. Il est bon de remettre certaines choses a leur place….

 

 

Le lendemain, nous refaisons une randonnee, plus proche de Sorata, jusqu’a la grotte de San Pedro. Sur la route, deux argentins, reconnaissables car ils degustent du mate bien de chez eux, nous saluent. Nous restons discuter avec eux: Flor et Gonzalo voyagent depuis plus d’un an, vendant l’artisanat qu’ils fabriquent eux memes aux touristes pour continuer leur periple. “Vagabonds” diront certains, “fainéants” diront d’autres, et pourtant, si les caricatures persistent, ils ne sont rien de tout ca. Gonzalo nous raconte leurs derniers jours: “cela fait dix jours que nous sommes dans ce petit village (ou il y a peine une boutique). Nous avons travaille en tant qu’ouvrier agricole, aux champs, avec une famille. Le travail est dur, on a gagne 15 bolivianos par jour (1.5 euros) mais on est nourri et les gens nous ont racontent toutes les legendes du coin. Ces rencontres, ca ouvre vraiment l’esprit”.

 

Gonzalo et Flor voyagent ainsi, vendant leur artisanat ou cherchant des petits boulots, ce qu’on peut leur proposer. Aucun programme, aucun planning, juste le bonheur de vivre le moment present et de la partager. Nous, nous partagerons avec eux notre casse-croute, ce qui les ravit: “oh, t’as vu, de la mayo, ca fait longtemps!”

Ce couple d’Argentins, qui possede un reel art de vivre et de profiter de la vie, est un modele de voyage pour nous, qui ne faisons finalement que dilapider l’argent gagne en Europe. Ces rencontres font reflechir et nous donnent des idees…

 


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