Kikooboo en français ! Kikooboo in english !
  Dans ce carnet
  

Prénom Céline et Gwendal
Age 26
But du voyage Tourisme
Date de départ 18/02/2009
    Envoyer un message
Durée du séjour ?
Nationalité France
Description
Départ de Los Angeles, route vers le sud mais prêt à changer d'itinéraire au gré des rencontres
Note: 3,3/5 - 160 vote(s).



Localisation : Espagne
Date du message : 04/12/2009
Diaporama des photos de ce message
  Imprimer


 Des images plein la tête

Eh ben ça y est. Cette fois, c’est vraiment terminé. Avec un gros pincement au c½ur évidemment, et des sentiments partagés . Depuis un certain moment, on se disait qu’on ne s’installerait pas là-bas, que l’on avait des choses à vivre, à faire, chez nous… Ramener un petit bout de cette fabuleuse Amérique Latine pour notre vie ici. Après tout, si le voyage sert à quelque chose, c’est bien à ça : observer comment les autres pensent, réagissent, travaillent, prennent la vie, pour essayer d’en tirer le meilleur pour nous-mêmes. Les images disparaissent rapidement, les philosophies de vie, les pensées, elles, restent .

Petit flash back sur ce que nous aura appris ce voyage au long cours. Des choses qu’on a aimé et d’autres pas du tout. C’est pas organisé, c’est comme dans nos têtes et comme notre voyage : un joyeux bordel mais tellement intense…

Le temps « Le temps ne passe jamais lentement, on s’en rend compte en vieillissant ». C’est pas de nous, ni d’un grand philosophe. C’est une chanson de Tryo. Mais elle a été assez souvent dans nos têtes car elle est tellement vraie. Pourtant, on n’est pas encore grabataires.

En Europe, on nous apprend dès qu’on est capable de le comprendre l’importance de planifier, de prévoir, de gérer le temps, d’être efficace et de savoir gagner du temps. La course au temps commence dès l’école. Elle poursuit d’ailleurs souvent les voyageurs occidentaux qui partent « à l’aventure ». Une aventure toujours planifiée, parce qu’ «on n’a pas beaucoup de temps alors il faut qu’on FASSE le maximum de choses ». Et c’est vrai qu’il est difficile de se départir de cette éducation qu’on a tous reçu.

On croit qu’on a réussi à s’en défaire, progressivement . Au final, il n’y a plus de journées « efficaces » ou d’autres moins. On ne veut plus faire mille choses dans une journée, se dire qu’on n’a jamais le temps de faire tout ce qu’on veut faire. Et ça fait du bien. Jusqu’à quand pourrons-nous garder cela ?

Le tourisme à la Française

On a quand même rencontré pas mal de nationalités durant ce long périple. Québecois, Etats-Uniens - on ne dira plus jamais Américains : ils ont même été jusqu’à confisquer le nom du continent à leurs voisins du sud -, Tchèques, Canadiens, Espagnols, Basques, Catalans, Anglais, Turques, Belges… Et franchement, on a été assez dépités par l’esprit de bon nombre de Français rencontrés. On pourra nous dire que c’est la proximité de la langue qui nous a fait mieux connaitre nos compatriotes. Pourtant, les Belges et les Québecois qu’on a pu connaître ont tous été intéressants et ouverts. C’était vraiment pas le cas de tous les Français…

A la frontière Brésilienne, alors qu’on attend un bus, un couple de retraités arrive, visiblement énervé : « non mais franchement, qu’est-ce qu’ils sont cons ici, c’est pas possible. Personne peut nous dire combien de temps on a le droit de rester dans ce pays. De toute façon, tous ces pays, c’est des dictatures. Bon, ils ont des présidents élus, tout ça, mais un général peut prendre le pouvoir du jour au lendemain, hein… ». Ils nous expliquent qu’ils voyagent depuis 15 ans, et notamment en voilier. Avec évidemment beaucoup de fierté. Un ami Belge, qui était avec nous, leur demande : « et vous ne travaillez pas ? ». « C’est quoi, ce mot horrible, travailler ? C’est pas fait pour l’être humain, ça ». Pour info, camarade, les gens qui sont autour de toi, « dans ces pays », doivent trimer pour pouvoir nourrir leurs enfants, au cas où tu ne l’aurais pas remarqué. Puis il nous parle de l’Afrique : « ah, mais les Africains, ils sont gentils, hein, faut pas croire. Bon, quand ils prennent leurs machettes pour s’entretuer, vaut mieux pas s’en mêler hein ! ». Y’a bon Banania. Pas de doute, on leur décerne le prix des meilleurs caricaturistes du voyage sans problème.

C’était sûrement les pires, mais on en a vu plein d’autres. (Trop) sûrs d’eux ou complètement ethnocentriques. Comme les deux jeunes un peu paumés voulant traverser l’Amérique Latine à vélo. Sur leur blog, ils se disent « choqués par les tas d’ordure qu’on voit partout. Ca dégoûte de voir qu’il y a des pays qui ne font rien quand on fait plein d’efforts en France ». Incapables de regarder plus loin que le tas d’ordures, ils enchaînent : « et on est les seuls au supermarché avec nos sacs en coton bio ». Sans commentaire… Ou plutôt si : on s’est permis d’en laisser un sur leur blog (www .cyclorpiste.com pour ceux que ça intéresse).

 Le lien social Ca a un lien obligé avec leur notion du temps. Ici, on n’a jamais entendu : « j’ai pas le temps ». En deux jours à Barcelone, on s’est rendu compte combien ces deux thèmes étaient liés. La précarité fait que la solidarité, le contact social doit être maintenu. Si quelqu’un est dans la mouise – et ça arrive quand même souvent quand la Sécurité Sociale n’existe pas – il sait qu’il peut compter sur ses voisins. A des amis Latinos qui nous demandaient comment c’était, la France, on leur répondait souvent que là-bas, on peut passer sa vie entière sans connaître son voisin. A chaque fois, les gens nous regardaient d’un air halluciné : ils ne pouvaient tout simplement pas le concevoir.

Et là-bas, le lien social ne consiste pas en raconter les exploits de sa propre vie. Le narcissisme à l’occidentale n’a pas sa place. On prend le temps de s’intéresser et d’écouter l’autre. Cette quête incessante de se mettre en avant n’existe pas. C’est sans doute pour cela que l’espoir d’autres mondes possibles est vraiment vivant là-bas…

Utopie

Utopie signifie « non lieu » , un lieu qui n’existe pas. En fait, maintenant, on sait qu’ils existent, ces lieux. Des gens qui sont dans une misère et une précarité extrême et qui trouvent cette incroyable énergie pour inventer leur monde à eux, prendre en main leur avenir : quelle leçon pour nous, Européens, qui avons quand même beaucoup plus d’outils en main pour inventer une autre machine…

Des Zapatistes du Chiapas aux Sans Terre du Brésil, en passant par les « communards » de Oaxaca ou les jardiniers des huertas de Buenos Aires, nous avons rencontré des gens qui créaient sans avoir peur du lendemain. Ils savaient et/ou savent qu’un jour l’Etat, l’armée, peut détruire leur travail réalisé depuis des années en une journée. Mais ils continuent quand même en toute humilité. Et dans le respect des différences : ils n’attendent pas d’être d’accord sur tout pour y aller. Le pire, c’est que ça marche, bien souvent. On a rencontré des gens qui luttent mais qui sont épanouis d’avoir pu créer quelque chose à eux et pour eux. Quand on n’est pas d’accord avec les méfaits de la société ultralibérale, on n’est pas frustrés là-bas : on agit.

Carlo, Tommy, Sergi

Trois noms, trois personnages. Beaucoup de gens nous auront marqué durant ce voyage, mais ceux-là plus que les autres. Sans doute parce que, justement, nous venons du même moule occidental. Eux ont vraiment réussi à s’en défaire, chacun à leur manière. Carlo, écrivain de talent à destination des petits, est un « combattant de la culture », essayant de faire remplacer l’écran de télévision par la magie des livres aux gamins d’Espagne comme d’Amérique Latine. Son savoir, ses livres, il les distribue, sans compter.

Tommy aussi donne sans compter. Avocat diplômé d’une des plus grandes universités des Etats-Unis, on ne l’imagine vraiment pas en robe officielle. Alors qu’il doit rembourser 150000 dollars de prêt d’étude, il est parti en Bolivie défendre les plus pauvres et tenter d’extrader l’ancien Président pour qu’il soit jugé là-bas. Lui non plus ne veut pas « se faire un nom ». Et gagne juste de quoi vivre pour continuer son travail. Quand on pensera aux Etats-Unis, on préférera penser à lui désormais…

Sergi, le Catalan, a lui aussi décidé de vivre d’abord pour ses convictions. Fuyant « la société capitaliste de merde », il est parti vivre et travailler avec les Sans Terre, se levant tous les jours à 3 heures du matin pour gagner le salaire local, environ 200 euros, mais participer à un projet vraiment solidaire. Lui aussi est épanoui et vit en toute humilité : « c’est vous qui êtes courageux de rester dans cette société de merde pour essayer de la changer un peu ».

Plus que tout, on retiendra de ces trois personnages leur humanité, leur simplicité et leur façon de ne jamais se mettre en avant inutilement. Des maîtres à penser. Chapeau, companeros.

 


Note: 0/5 - 0 vote(s).






[ Diaporama ]


[ Diaporama
dynamique ]


[ Vidéos ]


[ Suivre ce carnet ]


[ Lire les derniers
commentaires ]


[ Le trajet de
Céline et Gwendal ]