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Prénom Céline et Gwendal
Age 26
But du voyage Tourisme
Date de départ 18/02/2009
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Durée du séjour ?
Nationalité France
Description
Départ de Los Angeles, route vers le sud mais prêt à changer d'itinéraire au gré des rencontres
Note: 3,3/5 - 160 vote(s).



Localisation : Chili
Date du message : 16/10/2009
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 Bonheur simple chez Santiago

Apres cette viree dans le desert et ces quelques mois dans le froid et l'altitude, nous avons decide de revoir un peu l'ocean. Direction plein sud, vers la Bahia Inglesa que tout le monde nous avait recommande, notamment pour ses eaux temperees toute l'annee. Finalement, ce sera une petite carte postale de la Bretagne que nous irons voir : jamais ici en Amerique Latine nous n'aurons vu une cote qui ressemble tant a celle du Nord Finistere. Mais il y a des elements qui aident a la comparaison: pendant nos deux jours la-bas, nous avons eu droit a un vent a decorner les boeufs, un ciel bas et nuageux et... une eau glaciale.. Pour le dernier bain du voyage, c'est loupe.


La-bas, nous rencontrerons Rodolfo (a ne pas confondre avec Adolfo, il n'aime pas ca), un artiste militant qui prete sa maison a des artistes "alternatifs" qui exposent chez lui pour pas un sou. Sur son invitation, nous sommes donc alles chez lui pour voir les peintures de Lucuma, un artiste Peruvien. Nous le rencontrons sur place d'ailleurs: gueule de bois et gueule d'apache, on sent tout de suite l'ecorche vif en lui... Lucuma, ancien narcotrafiquant, a vecu 23 ans ou 70 mois en prison - on ne sait plus trop, Rodolfo nous a donne plusieurs versions...
Quant a ses oeuvres, disons qu'elles sont plus militantes qu'artistiques... et qu'elles refletent bien son passe douloureux et sa rebellion. Des peintures assez bizarres presentent sans explication Hitler, Che Guevarra, Ben Laden, Bush, Sadam Hussein et Lenine. Coktail de mauvais gout.. En fait, Lucuma est un fan d'Ousama: une toile montre Ben Laden egorgeant Georges Bush. Un vrai poete.

Finalement, le temps breton ne nous manquant pas trop, nous avons emigre a l'interieur du pays - ce qui n'est pas un exploit vu la largeur de ce Chili bizarroide. La Vallee d'Elqui est reputee pour la fabrication du Pisco, la boisson nationale, ainsi que pour sa nature enchanteresse. Beaucoup d'adeptes du bien-etre y ont d'ailleurs elus domicile tellement le lieu est propice a la meditation. Et on les comprend: c'est une vallee aussi maigre qu'est le Chili sur une mappemonde, entouree de majestueuses montagnes saupoudrees de neige eternelle.


Nous arrivons a Pisco Elqui la bien nommee et rencontrons Santiago, qui tient "l'hotel le moins cher du village". Santiago parle un francais impeccable: il emigra en France lors de ce qu'il appelle "la longue nuit" de la dictature de Pinochet. Nous parlerons longuement avec lui, de la France, du Chili, et de son passe. Santiago a 17 ans lorsque le coup d'Etat eclate. Sans doute l'age le pire: lorsqu'on commence a comprendre ce monde, a se forger une opinion, on vous ordonne de vous taire et de ne plus reflechir. Nous aurons plusieurs temoignages dans ce sens: cette dictature fut, de loin, la pire d'Amerique Latine. "Aujourd'hui, il est impossible pour les gens de s'organiser. 35 ans apres. Et 20 ans apres la fin de la dictature. Ca parait peut-etre incroyable mais les gens ont encore cette peur chevillee au corps" nous raconte Santiago. "Donc les gens sont devenus individualistes, a part dans des coins perdus comme ici". Apres le fol espoir qu'avait suscite l'arrivee d'Allende au pouvoir, c'est une tragedie qui se joue ici. "Il faudra que ma generation disparaisse pour que la suivante prenne les choses en main sans cette peur constante" nous confiera Santiago. On a peine a imaginer ce qu'etait le Chili de l'epoque d'avant, ce bouillonnement culturel dans cette ambiance, qui est restee, d'ouverture d'esprit et de camaraderie. D'un coup, on coupait la langue aux poetes, les mains aux guitaristes et les oreilles a ceux qui les ecoutaient. Victor Jara, chanteur emblematique de l'epoque, fut envoye au stade de Santiago avec ses copains. Le commanadant en chef lui ordonna qu'on lui coupe les doigts. Puis, se tournant vers lui d'un air satisfait, lui lanca: "vas-y, joue de la guitare maintenant".

Santiago a donc fui tout ca, apres plusieurs passages (a tabac) ches les flics. En France, il reprit son travail d'artisan du cuir. Son art, devrait-on dire. Il continue un peu son metier, malgre ses tendinites. Il nous montrera son atelier, une vraie merveille. Apres avoir travaille plusieurs annees en faisant tout a la main et a l'aiguille, il "investit" dans trois machines Singer du 19eme et debut 20eme. 20 ans apres, il travaille toujours a la pedale. "Rien ne m'a lache, c'est increvable ces machines. Et en plus, c'est completement ecolo". Aujourd'hui, meme au Chili, presque personne ne travaille comme cela. Quand il arretera, c'est tout un savoir-faire qui s'envolera. Sous le charme du personnage adorable et de son oeuvre, on lui acheterra un magnifique bracelet en souvenir.


Il nous montrera aussi les ballades a faire dans ce petit coin de paradis. Ici, tout le monde prend soin de son environnement: tous les jardins sont fleuris de plantes les plus diverses et pour la premiere fois du voyage, nous avons eu le bonheur de nous promener en humant leurs differents parfums. Santiago a tout fait, et a son gout, dans son hotel. Et son gout est aussi le notre: on s'est senti comme chez nous dans son jardin magnifique ou on pouvait manger au soleil pres de la mignonne petite piscine.
Ce passage dans cette vallee mythique sera marque par cette belle rencontre. Santiago nous embrassera a notre depart, et on a senti dans ses yeux une pointe de regret. Il a du lire dans les notres la meme chose...


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