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Prénom Céline et Gwendal
Age 26
But du voyage Tourisme
Date de départ 18/02/2009
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Durée du séjour ?
Nationalité France
Description
Départ de Los Angeles, route vers le sud mais prêt à changer d'itinéraire au gré des rencontres
Note: 3,3/5 - 160 vote(s).



Localisation : Mexique
Date du message : 20/05/2009
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 "Ici c est le peuple qui gouverne et le gouvernement qui obeit"

Nous voila donc revenus apres deux semaines coupees du monde, a Cruzton, communaute zapatiste qui se trouve a 4 h de San Cristobal, dont 1h30 a pied a travers les montagnes…

Nous sommes arrives a une date plutot sympathique: c etait le deuxieme anniversaire de la lutte et du soulevement de la communaute. Comme partout au Mexique – avant 1994 – les terres que cultivaient les paysans de Cruzton appartenaient a un grand proprietaire, heritage du pillage orchestre lors de la conquete Espagnole. La reforme agraire du debut du 20eme siecle fut pour une grande partie une grosse farce. Ce fut la revendication premiere du soulevement des zapatistes en 1994, et ce fut egalement celles des compañeros de Cruzton en 2007. Ils ont donc decide d occuper les terres “ qui appartiennent a ceux qui la travaillent” (et a leurs ancetres…) et les ont reparties a toutes les familles de la communaute de facon egalitaire. En 2008, l armee voulut recuperer les terres de force, en vain. Notre role consistait donc a etre present en cas de retour de l armee, pour prendre des potos et temoigner des atteintes aux libertes commises – inutile de preciser qu a leur premier passage, les militaires avaient depouille les maisons pendant que les paysans etaient aux champs…

L anniversaire fut vraiment un moment sympa. Nous avons rencontré une troupe de theatre qui a l habitude de se produire benevolement dans les communautes zapatistes. Apres les discours, les compañeros ont danse une bonne partie de la nuit, sans alcool, ceci etant interdit, de meme que tout autre drogue a part le tabac, dans les communautes zapatistes. Cette mesure fut prise pour eviter tout debordement du a une consommation abusive d alcool, et cela rend le mouvement d autant plus exemplaire.

 

Aujourd hui, tout est calme dans la communaute. Nos journees se ressemblaient beaucoup: en gros, on restait a la garde a l entrée du village avec un ou deux compañeros, dans le cas d une hypothetique arrivee de l armee. Il n empeche, le fait de ne rien faire et de ne pas bouger pendant 15 jours nous a fait le plus grand bien… ca change….

 

Nous avons pu perfectionner notre castillan, en discutant avec les personnes de garde. Nous parlions de tout, notamment de leur vie quotidienne dans la lutte. Et celle-ci recquiert du courage et de la volonte: chaque compañero passe une journee entiere et deux nuits a la garde, en plus de leur travail, tres penible, aux champs. Ils s investissent egalement tous dans les reunions qui se deroulent deux fois par semaine. Pourtant, un comité, sorte de conseil municipal, a ete elu. Toutes les familles, ou presque, assistent quand meme aux reunions. Une vraie democratie participative.

 

Neanmoins, il reste surement des choses a ameliorer. Nous avons demande a Alejandro, un des membres du comite, s il y avait des femmes a ce fameux comite. “Il y en avait au depart mais cela representait trop de travail pour elles”. On n a pas ose lui dire que cela montrait un probleme dans la repartition des taches du menage… Il reste encore du chemin a parcourir pour cette communaute.

 

Mais quand meme: c est impressionnant de voir comment ces simples paysans, dans une pauvrete extreme, sans acces a la culture et aux medias, ont eu cette force pour s unir et s organiser. La-bas, on sent sur tous les visages la fierte d avoir retrouver quelquechose qui est essentiel a l etre humain: la dignite. Apres 500 ans d exploitation, c est surement ce qui les fait avancer.

 

Avant de partir, nous connaissions les statistiques sur l analphebetisme au Chiapas. Mais une statistique, c est froid. Quand Cesar (le mal nomme), un jeune de 20 ans, nous avoue qui l n a jamais ete a l ecole et qui l ne sait pas lire et ecrire… Il avait 7 ans quand, en 1994, les zapatistes se sont souleves. 7 ans, l age d entrer a l ecole… Cesar, c est un jeune comme un autre, qui a surement les memes envíes, avec sa casquette New York visse sur la tete. Pourtant, s il ne parle pas beaucoup, on le sent vraiment implique dans cette lutte. En dessous de “NY”, il a marquee peut-etre les seules lettres qui l n ecrira jamais dans sa vie: EZLN (Erjercito Zapatista de Liberacion Nacional). Il nous aura marque, le Cesar, comme Ignacio, plus ancien mais analphabete comme lui. Il nous expliquera combien c est difficile de se reperer dans une ville lorsqu on ne sait pas lire les panneaux des rues. Le pauvre homme se perd une fois sur deux quand il va a la ville voisine faire son marche. Il est conscient de ce qu il a loupe: aujourd hui, malgre qu il ne sache pas lire, il faire partie du comité scolaire, charge du bon fonctionnement de l ecole primaire du village…

On se rend compte aussi combien il est difficile de s informer et de se cultiver dans un vilage comme celui-ci, ou tres peu de gens ont la tele, ou il n y a aucun journal et pas de bibliotheque. Les observateurs comme nous sont souvent une occasion de s informer. Adrian, un autre membre du comite nous a ainsi questionne: “Comment se fait-il que des pays comme les Etats-Unis et l Allemagne ont aujourd hui plus d argent et de pouvoir au point de pouvoir imposer leurs decisions aux autres pays comme le Mexique?” Vaste question….

Lors de nos deux semaines, après une fin de saison des mangues paradisiaque pour nous, ce fut l arrive de la pluie. Tous les chemins, en terre evidemment, se transformaient en etendue de boue. En se promenant le soir, on imaginait la difficile vie des familles, logees dans des cabanes en bois ou une seul ampoule eclairait le lieu. L eau devait rentrer de tout cote… Nous, on etait des privilegies: on logeait dans la salle municipal, avec une cuisine simplette mais cuisine quand meme et un tuyau dans la “salle de bains” pour sedoucher. Quelquefois, l eau manquait, une occasion de se render compte de la valeur de cet element naturel sacre. Il nous a aussi manque de papier toilette… Ce fut l occasion pour nous d utiliser de la meilleure facon qui soit les pages traitant de la grippe porcine du journal  El Pais qu on avait ramene ici…

Au final, ce fut une experience inoubliable, dans un village ou on commencait a se sentir chez nous, avec des personnes toujours pretes a offrir un sourire et d une amabilite extraordinaire. D ailleurs, tous les matins, les familles se relayaient pour nous preparer une assiette de tortillas.

Pour en savoir plus, nous sommes alles aujourd hui a la communaute d  Oventic, ou se trouve la Junta de Buen Gobierno, dont depend Cruzton. Nous fumes recus par deux personnes en passe-montagne, qui nous ont d abord demande l objet de notre visite. Nous fumes ensuite recu a la “Junta explicativa”, ou on nous a raconte l histoire du mouvement, puis a la Junta de Buen Gobierno, ou on nous a explique le fonctionnement de l organisation zapatiste. A chaque fois, nous nous retrouvions face a des personnes, hommes et femmes, en passe-montagne. Vraiment, c est impressionnant et ca donne un caractere formel a l entretien. Pourtant, tous les gens qu on a rencontre nous ont parle de maniere douce et de facon tres simple. Nous avons notamment appris que la communaute etait geree par la Junta, dont faisaient partie… tout le village. C est donc un e direction tournante qui prend en charge les affaires de la communaute: chaque semaine, cinq compañeros et compañeras remplacent ceux de la semaine precedente. Ainsi, tout le monde est impliquee, et notamment les femmes, qui ont ici absolument les memes droits et devoirs que les hommes. On nous explique aussi que tous les services sociaux – il y a une clinique communautaire et une ecole notamment – sont assures par des volontaires, qui ne sont pas remuneres officiellement. Le village doit prendre simplement en charge leurs depenses. Avec un tel fonctionnement, il n y a aucune dependance envers un gouvernement toujours pret a corrompre ses adversaires. Anarchiste, collectiviste, communiste? Ne cherchez pas de definition occidentale de ce mouvement, d abord bases sur des príncipes et la culture indigene renoves et retravailles.

Au final, loin des caricatures vehiculees par les medias, nous avons rencontré des personnes dignes, humbles et pacifistes comme on n en avait jamais vu. Une vraie lecon de vie. En sortant de la salle de la Junta de Buen Gobierno, le type cagoule nous dit: “vous etes les bienvenus ici et faites circuler l information. Vos amis en France sont aussi les bienvenus.” Informer, c est fait. Maintenant, a vous de jouer…


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Par jérémy

le 05/06/2009 à 22:12:46

c'est une belle leçon d'humanité à méditer de tous (y compris de nos plus hauts représentants)

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