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Prénom Céline et Gwendal
Age 26
But du voyage Tourisme
Date de départ 18/02/2009
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Nationalité France
Description
Départ de Los Angeles, route vers le sud mais prêt à changer d'itinéraire au gré des rencontres
Note: 3,3/5 - 160 vote(s).



Localisation : Argentine
Date du message : 26/10/2009
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 “Nous sommes fous car nous voulons changer le monde”

Nous sommes donc arrives en Argentine. Un pays qui a vu naitre deux immenses personnages en moins de cinquante ans, deux rebelles ayant marque leur domaine d’activite – la revolution pour l’un, le football pour l’autre – a forcement quelque chose a nous dire... Ernesto Guevarra est ne en 1928, Diego Armando Maradona 33 ans plus tard. Quel autre pays au monde peut se targuer d’un tel palmares dans le 20eme siecle ? On attendait plus de l’Argentine qu’un vol d’appareil photos. On a eu raison. Samedi dernier, nous avons ete assister a l’emission de radio de La Colifata. La Colifata est une initiative lancee il y a 18 ans par Alfredo dans un hopital psychiatrique : l’idee etait tout simplement de creer une radio animee par les patients de l’hopital, afin de faire decouvrir ce monde ferme au public le plus large tout en proposant une nouvelle therapie aux patients. Aujourd’hui, la premiere radio d’hopital psychiatrique a fait beaucoup de petits. Et La Colifata est maintenant reconnue : Manu Chao, tombe sous le charme de ce projet, a enregistre un album avec les soi-disants « fous », que vous pouvez telecharger sur www.vivalacolifata.org. Au passage, avec une proposition revolutionnaire dans le monde du disque : vous payez le disque au prix que vous le souhaitez, sachant que tout l’argent va a la radio.  

 

L’enregistrement se deroule dans un patio de l’hopital. Pour y arriver, nous avons pu visiter un bout des batiments hideux de l’hopital. Comme on pouvait s’y attendre, ici comme ailleurs, les « hopitaux » des « fous » ressemblent bien plus a des prisons... Nous n’aurons aucune photo de ce grand moment : pour des raisons juridiques, les membres de la Colifata ne souhaitent pas que les visiteurs en prennent. Nous avons evidemment respecte leur souhait.  

 

A notre arrivee, nous sommes recus par tout le monde, les « fous » comme les « autres ». Tous nous saluent cordialement, nous souhaitant la bienvenue. Certains discutent un peu avec nous. Il y a une atmosphere tellement positive dans ce lieu que tout le monde se sent bien, epanoui. Et pour nous, il est difficile de savoir qui sont les soi-disants fous. En partant de ce lieu magique, nous aurons encore la meme question : « qui sont le fous ? ».  

 

Nous rencontrons en premier lieu Alfredo, l’initiateur du projet. Un sacre personnage, qui semble completement epanoui par ce qu’il a realise. Et on le comprend. « Ma femme est de Normandie, nous dit-il. Elle me parle souvent de la Bretagne ». Sans savoir a ce moment-la qui etait ce type, nous l’invitons bien volontiers chez nous. On ne le regrettera pas, s’il a l’occasion...  

 

Assister a cette emission de radio – qui durera quand meme 6 heures – sera une grande lecon de vie pour nous deux. Dans ce lieu, la parole est completement libre et tout le monde intervient, dans un esprit de tolerance absolument incroyable, pour des gens qu’on croitsouvent « dans leur bulle ». Une joie de vivre s’en degage aussi, un amour des autres meme. Nous aurons mille preuves de cet amour, les patients embrassant l’un d’eux par exemple, qui a eu le courage de communiquer malgre son evidente timidite. Des moments tellement beaux et emouvants que nous serons tout proche des larmes.  

 

Evidemment, ce n’est pas tout le temps facile de gerer tout ca. Un type, toujours le meme, viendra plusieurs fois perturber les debats, au milieu de la ronde, faisant des discours incoherents. Quelque fois, un benevole lui tendait le micro pour qu’il s’exprime mais il s’en allait tout de suite. Cet ecorche vif est malgre tout touchant. Il fut le tout premier a nous saluer quand nous sommes arrives. Nous lui serrons la main en lui disant « enchante ». Apres un temps de reflexion, ce mot provoqua une joie incroyable a ce type. Il nous resserra la main en repetant : « enchante ! ». Sans doute n’a-t-il pas l’habitude qu’on soit enchante de le voir.  

 

L’emission fut consacree en grande partie a l’intervention d’un ancien benevole de l’association dans une emission a scandale d’Argentine. Il denoncait les methodes soi-disantes « mafieuses » d’Alfredo, qui « profiterait des patients ». Le genre d’emission a desesperer de l’espece humaine. Il n’empeche, nous avons pu assister aux reactions outragees des patients de l’hopital, pour qui la radio est une therapie et meme bien plus.  

 

Ainsi, Maria, la soixantaine, avec sa voix si douce, temoigne : « si la Colifata profite de moi, eh bien, qu’elle continue. Aujourd’hui, je suis la femme la plus heureuse du monde. Mes petits-enfants disent tout le temps que leur grand-mere passe dans une radio des fous, mais que elle, elle n’est pas folle ». Le bonheur enferme dans un asile...  

 

Hugo, avec son air jovial et ses lunettes marrantes – tout ce qu’a de fou ce type, c’est bien ses lunettes d’ailleurs – nous marquera particulierement aussi. Lui, c’est le revolutionnaire de la troupe. Alors qu’un message doit etre envoye a une radio d’un autre asile au Mexique, il demande « s’il ne peut pas dire bonjour au Subcomandante Marcos ». Il nous expliquera comment il voit la vie, avec une lucidite ebouriffante : « j’ai eu la chance de voyager grace a la Colifata. Jamais je n’aurais pense pouvoir aller en Europe. Quelle chance. Et c’est une profonde injustice que chaque etre humain ne puisse connaitre son berceau, c’est-a-dire la Terre ». Plus tard, il livrera sa version des faits : « nous sommes fous car nous voulons changer le monde ».  

 

Franchement, en sortant d’une telle apres-midi, on se dit que Hugo n’a pas tort. En aparte, il nous confiera : « la mort est venu me chercher il y a quelques temps. Je lui ai demande si elle pouvait attendre car il allait y avoir des evolutions radicales dans le monde et pour l’humanite. Elle a accepte alors chaque soir, je dis « merci, la mort !» ». Quand 90% des hommes et des femmes politiques de ce monde veulent nous rassurer en disant que « la crise est bientot finie » et que « la croissance va repartir, pour le bien de tous », tres honnetement, nous posons la question : qui sont les fous ? Ou qui seraient les fous dans un monde a l’endroit ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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